Thursday, June 22, 2006
Monday, May 22, 2006
Thursday, May 11, 2006
Sunday, April 16, 2006
Alive
Le pays qui n’existait pas.
Là-bas, ils ne pensent pas comme vous. Le temps leur est autre, ils le perçoivent autrement. Il n’existe pas par lui-même, en dehors de l’Homme, mais vit en lui, est selon chacun, lent, rapide ou extensible. Il n’y a pas de temps absolu. Pas de stress. Quand il faut partir, on part. Il n’y a pas d’age,là-bas. Pas d’années, en tout cas, pas de présupposés. Les étapes de la vie rythment celle-ci, mais un immense brassage naturel balaye les barrières que vous dressez entre les générations. Là-bas, un ancien se retrouve rarement seul, là-bas, des Hommes de 30 ans épousent des femmes de 50, des bambins jouent avec des adolescents. La différence étonne, attire, mais rarement repousse. Il ne connaissent pas ce racisme social que vous abhorrez presque fièrement. Tout est si simple, si premier, que le moindre pas vous semble laborieux, là-bas, à vous, normalisés de la complexité. Il y règne une douceur languissante, il n’y a pas d’altérité. Les gens sont. Simplement.
Il y a de la mousse.
Il y a de la mousse bleue partout. Elle s’engouffre entre les rochers, poussée par des vagues déferlantes. L’écume s’envole au vent comme des flocons de neige et rentre dans mon nez. Tout à l’heure, un cormoran bouffera de cette mousse.
Ils l’ont eu.
Les soldats romains attrapent Jesus par le bras, sèchement. Un d’entre eux lui fait un serment. L’autre regarde sa montre. « Putain, je vais rater le foot ». Judas Iscariote est là aussi, en grande toge bleue lumière, il est appuyé sur la haie du voisin. On apprend que c’est lui la balance. Jesus est jeté a terre, sur le bitume. Le prêtre récite quelques ligne l’Evangile selon Juan ou Pedro. Larsen. La camionnette redémarre et va emmerder d’autre riverains, suivie par la procession des pieux Ariquéens qui suivent la reconstitution. Le flic qui clôt le cortège se fume une clope sur sa bécane. Les gens de l’immeuble rentrent chez eux, regarder le foot.
Stanislav Kazecky
Il est bien emmerdé, Stan. « Ce matin, je sortais comme d’hab’ fumer une clope sur le port de la Havane, avant d’aller bosser à l’ambassade – je suis premier secrétaire aux affaires politiques – et là, j’ai rien compris, ils m’ont sauté dessus. Je me suis retrouvé dans une petite salle humide, un projecteur braqué sur la gueule, avec un mal de crâne qu’on aurait dit une cuite au vin blanc. Les types me parlent d’espionnage de je-sais-pas-quoi, de grave manquement au respect de la souveraineté nationale ou quelque chose comme ça, et me balancent dans le premier avion. Air France. Les cons, ils pouvaient pas me ramener directement à Prague ? J’aurai le droit de me faire envoyer ma collection de papillons, ils ont dit. Ils ont écrasé mon Minolta, mais j’ai encore la pellicule dans la poche. Avec les portraits de Maria. J’espère qu’ils seront réussi. C’est mon seul regret, ne pas pouvoir la revoir. Ce pays, il me cassait les couilles, ils m’auraient demandé de me barrer que j’aurai fait mes valise sans tarder. Moi, espion… Les cons. »
Attaque massive sur la piste 10.
Je sors dans la rue, la tête dans le cul. J’ai les cheveux mouillés et ça caille. Je me sens sale, pommé, et fatigué. J’ai l’haleine fétide et je pue la clope. Des nuages de fumée sortent de ma bouche. Il fait sombre mais les derniers rayons de soleil se réfléchissent sur la chaussée mouillée et éblouissent. Quelle heure est-il ? Il fait bleu, les gens sont étranges, silhouettes étroites et difformes. Tout est lent, les formes se déplacent avec difficulté, douleur. On pleure, il y a de l’eau qui coule. Des yeux, des gouttières. L’air est oppressant, triste à mourir et je n’arrive pas à avancer. Un vendeur ambulant vend de l’affection, c’est 50 l’accolade chaleureuse.
Là-bas, ils ne pensent pas comme vous. Le temps leur est autre, ils le perçoivent autrement. Il n’existe pas par lui-même, en dehors de l’Homme, mais vit en lui, est selon chacun, lent, rapide ou extensible. Il n’y a pas de temps absolu. Pas de stress. Quand il faut partir, on part. Il n’y a pas d’age,là-bas. Pas d’années, en tout cas, pas de présupposés. Les étapes de la vie rythment celle-ci, mais un immense brassage naturel balaye les barrières que vous dressez entre les générations. Là-bas, un ancien se retrouve rarement seul, là-bas, des Hommes de 30 ans épousent des femmes de 50, des bambins jouent avec des adolescents. La différence étonne, attire, mais rarement repousse. Il ne connaissent pas ce racisme social que vous abhorrez presque fièrement. Tout est si simple, si premier, que le moindre pas vous semble laborieux, là-bas, à vous, normalisés de la complexité. Il y règne une douceur languissante, il n’y a pas d’altérité. Les gens sont. Simplement.
Il y a de la mousse.
Il y a de la mousse bleue partout. Elle s’engouffre entre les rochers, poussée par des vagues déferlantes. L’écume s’envole au vent comme des flocons de neige et rentre dans mon nez. Tout à l’heure, un cormoran bouffera de cette mousse.
Ils l’ont eu.
Les soldats romains attrapent Jesus par le bras, sèchement. Un d’entre eux lui fait un serment. L’autre regarde sa montre. « Putain, je vais rater le foot ». Judas Iscariote est là aussi, en grande toge bleue lumière, il est appuyé sur la haie du voisin. On apprend que c’est lui la balance. Jesus est jeté a terre, sur le bitume. Le prêtre récite quelques ligne l’Evangile selon Juan ou Pedro. Larsen. La camionnette redémarre et va emmerder d’autre riverains, suivie par la procession des pieux Ariquéens qui suivent la reconstitution. Le flic qui clôt le cortège se fume une clope sur sa bécane. Les gens de l’immeuble rentrent chez eux, regarder le foot.
Stanislav Kazecky
Il est bien emmerdé, Stan. « Ce matin, je sortais comme d’hab’ fumer une clope sur le port de la Havane, avant d’aller bosser à l’ambassade – je suis premier secrétaire aux affaires politiques – et là, j’ai rien compris, ils m’ont sauté dessus. Je me suis retrouvé dans une petite salle humide, un projecteur braqué sur la gueule, avec un mal de crâne qu’on aurait dit une cuite au vin blanc. Les types me parlent d’espionnage de je-sais-pas-quoi, de grave manquement au respect de la souveraineté nationale ou quelque chose comme ça, et me balancent dans le premier avion. Air France. Les cons, ils pouvaient pas me ramener directement à Prague ? J’aurai le droit de me faire envoyer ma collection de papillons, ils ont dit. Ils ont écrasé mon Minolta, mais j’ai encore la pellicule dans la poche. Avec les portraits de Maria. J’espère qu’ils seront réussi. C’est mon seul regret, ne pas pouvoir la revoir. Ce pays, il me cassait les couilles, ils m’auraient demandé de me barrer que j’aurai fait mes valise sans tarder. Moi, espion… Les cons. »
Attaque massive sur la piste 10.
Je sors dans la rue, la tête dans le cul. J’ai les cheveux mouillés et ça caille. Je me sens sale, pommé, et fatigué. J’ai l’haleine fétide et je pue la clope. Des nuages de fumée sortent de ma bouche. Il fait sombre mais les derniers rayons de soleil se réfléchissent sur la chaussée mouillée et éblouissent. Quelle heure est-il ? Il fait bleu, les gens sont étranges, silhouettes étroites et difformes. Tout est lent, les formes se déplacent avec difficulté, douleur. On pleure, il y a de l’eau qui coule. Des yeux, des gouttières. L’air est oppressant, triste à mourir et je n’arrive pas à avancer. Un vendeur ambulant vend de l’affection, c’est 50 l’accolade chaleureuse.
Monday, February 06, 2006
Saturday, August 27, 2005
Cette année là, qui est la quatorzième de notre siècle, les premiers jours du moit d'août répandent une chaleur à faire s'évanouir les vaches dans les champs. Les hommes, toute leur eau suée, ne sont plus capables de cracher jusqu'à leur sabots. Entre leurs talus où se dessèchent les ajoncs coleur de poussière, les pièces de terre sont autant d'auges où croupit un air mou, à consistance d'étoupe, bon à entasser à la fourche, comme me le répétera souvent, plus tard, Joz Maliorz. La blancheur du ciel à midi est celle de la mer etale à la prime aube. S'il y vole des oiseaux, ils sont aussi muets que des poissons. La mer habite toujours, sans doute, la baie d'Audierne, bien qu'elle soit trop faible pour gonfler des vagues et prendre une couleur de vie, confondue qu'elle est avec le sable de la grève. Il faudrait monter sur son dos pour ne pas douter de sa présence. Mais il n'y a pas un souffle de vent pour mettre la voile. Les choses ne sont pas tranquilles, mais frappées de stupeur. Il n'y a pas d'orage dans l'air mais une sourde crainte serre les épaules des vivants. Rien ne bouge nulle part, sauf les pauvres paysans tenus par la moisson et le souci du pain. Alors, on apprend ce que le monde avait dans le ventre : c'est la guerre. Je suis né depuis six mois.
Per Jakez Helias, Le cheval d'Orgueil
Per Jakez Helias, Le cheval d'Orgueil
SENSATION
Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds,
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme.
Arthr Rimbaud
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds,
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme.
Arthr Rimbaud
















